Féminisme Societé
6 bonnes résolutions féministes et bienveillantes Roseaux, magazine féministe



Oui, on sait. Les bonnes résolutions, c’est ringard, personne ne les tient plus de deux semaines et à la fin on culpabilise juste de ne pas avoir eu plus de volonté, de force ou de courage pour enfin arrêter de fumer, aller courir tous les matins ou lire le journal en entier chaque soir. Et c’est normal : personne n’a de place, de temps ou d’énergie de manière assez linéaire et régulière pour atteindre des objectifs aussi précis. Et c’est ok. Tu n’es pas vraiment obligé·e d’aller souffrir en jogging 5 fois par semaine pour que l’année soit bonne.

À la place, on peut se fixer des objectifs plus généraux, plus faciles à atteindre, pour une année 2020 féministe et bienveillante. Pour t’aider un peu si tu veux prendre quelques bonnes résolutions féministes, Roseaux t’a préparé une petite liste ! À toi de piocher dedans ce que tu veux, ce qui te semble atteignable, réalisable, ce qui correspond à ton niveau d’énergie… Tu n’es pas obligé·e de toutes les suivre ni de tout commencer au premier janvier : l’important, c’est d’avancer un petit pas à la fois.

1. Consommer plus de culture faite par des femmes, spécialement des femmes racisées / LGBTQIA+

Boycotter le dernier Polanski, c’est bien. Mais quitte à aller au ciné, on va voir quoi à la place ? Si tu n’es pas trop sûr·e de ce que tu voudrais voir ou que tu hésites entre deux films, regarde qui les a réalisés et/ou produits et sers t’en comme d’une boussole ! Tu passeras un bien meilleur moment devant le dernier Céline Sciamma qu’à regarder James Bond sauver le monde du Brexit des arabes des terroristes, crois-moi.

Pareil la prochaine fois que tu ne sais pas quoi lire, quel podcast écouter ou quelle musique mettre en toile de fond pour réviser tes partiels : qui a écrit, composé, créé ? Il y a tellement de création en-dehors de la production des mâles cis hétéro blancs, et pas seulement des œuvres de femmes blanches bourgeoises !

Et si tu fais de belles découvertes, parle autour de toi des livres, des albums, des podcasts et des films qui t’ont plu, pour leur donner encore plus de visibilité ! Tu peux aussi nous recommander des œuvres pour remplir nos chroniques !

La résolution de Roseaux : proposer encore plus de recommandations de livres, films et autres podcasts !

2. Consommer mieux et moins (et moins de produits animaux)

On ne va pas revenir sur toutes les raisons qui nous encouragent à consommer différemment – qu’elles soient politiques, économiques, écologiques ou personnelles, toutes sont valables. Pour autant, c’et difficile de changer radicalement son alimentation ou sa façon de vivre, du jour au lendemain. Devenir végan·e ou minimaliste d’un seul coup, c’est parfois impossible, parce qu’on ne sait pas par où commencer ou qu’on n’a pas l’énergie – et encore une fois, c’est ok. On peut se concentrer sur de petits pas, des petites choses qui ne coutent pas trop, et toujours se poser la question de ce qu’on s’apprête à acheter ou à commander. Est-ce que je peux le trouver dans un autre matériau que du cuir ? Est-ce que je peux me permettre de l’acheter ailleurs que chez H&M ? Es-ce que j’en ai vraiment besoin ? Combien de fois ai-je mangé de la viande cette semaine ou ce mois ? Et si j’essayais une alternative à la viande, juste cette fois, pour voir ?

Si le sujet de la consommation t’intéresse, tu peux lire nos articles sur le minimalisme et le véganisme, et nous dire quels sujets tu aimerais lire ici !

La résolution de Roseaux : proposer de nouvelles recettes vegan pour t'aider à cuisiner sans produits animaux.

3. Checker ses privilèges, montrer son soutien et laisser la parole

Le féminisme, surtout quand il s’inscrit dans une vision intersectionnelle, réclame des efforts, c’est vrai. Surtout si tu es une personne cisgenre (à fortiori un homme cis), si tu es blanc·he, si tu gagnes bien ta vie : ce n’est pas parce que tu as survécu à la première claque, celle que l’on prend le jour où on prend conscience de son propre statut d’oppresseur, que le boulot est fini. Des privilèges, tu en as sûrement – attends, ne pars pas, je ne suis pas en train de t’accabler ! Des privilèges, donc, tu en as sûrement. C’est important de se le rappeler, souvent.

Tu peux te référer à des sources chouettes comme ce test de Jennifer Padjemi sur Buzzfeed ou cet article de Hassina Semah sur le site de la RTBF.

À quoi ça m’avance, me demandes-tu ? Eh bien, à garder conscience de la nécessité de l’inclusivité dans la lutte, à ne pas oublier de laisser la place et la parole aux personnes qui sont concernées par des discriminations dont tu n’as même pas idée… Alors en 2020, on laisse encore un peu plus de place à celleux qui en on moins que nous. On laisse la place, le temps de parole, et on soutient, parce que les privilèges, c’est aussi de la crédibilité. Si tu es blanc·he, par exemple, c’est triste, mais les autres blanc·hes auront tendance à accorder plus de crédit à tes propos : ton rôle d’allié·e, c’est de soutenir, d’appuyer et de relayer ce que disent les personnes concernées… Éduque celleux qui sont prêt·es à l’être, et ne perds pas ton temps et ton énergie avec celleux qui n’y sont pas prêt·es.

La résolution de Roseaux : créer de nouveaux guides de l'allié·e pour t'aider à avancer.

4. Prendre soin de soi

On a beaucoup parlé de burn-out militant cette année, et nous aussi, à titre individuel, on a toutes eu des passages à vide plus ou moins durs. C’est normal, ça arrive, et surtout quand on est militant·e, même juste un peu, on est confronté·e à des choses difficiles, même quand on ne les vit pas directement soi-même. Parfois, c’est trop. Parfois, entre le boulot la famille les aléas les soucis la charge mentale les amours la société et la vie en général, on n’a simplement plus de forces pour militer, pour se battre, pour écrire, pour parler. Ça arrive. Et si ça t’arrive, ne te blâme pas. Tu n’es pas fait·e de béton armé. Tu es humain·e, et tu as le droit d’être fatigué·e.

Peut-être que ça t’est déjà arrivé, peut-être que tu le sens venir, peut-être que tu as vu des ami·es tomber de fatigue et de découragement et que tu sais à quoi ça ressemble. Peut-être pas. Dans tous les cas, tu as le droit de faire des pauses, de te reposer, de dire non. Ça peut être de toutes petites pauses, une demi-heure de sieste, ne pas répondre présent·e à un événement, faire la vaisselle demain matin, peu importe. Essaie d’écouter la fatigue, dans ton corps et dans ton cerveau, et accorde-toi du repos lorsque tu en ressens le besoin.

C’est ok de dire non. Peut-être que l’année prochaine tu ne prendras pas le train pendant 7 heures pour aller te faire sermonner par une vieille tante macroniste autour d’une dinde aux marrons. Peut-être qu’une fois, un dimanche, tu resteras en pyjama. Peut-être que tu mettras ton réveil cinq minutes plus tôt pour faire un exercice de respiration. Peut-être que tu désinstalleras Twitter de ton téléphone. Peut-être que tu rentreras tôt d’une fête où tu t’ennuyais. Peut-être que tu mangeras un truc qui te fait plaisir, sans arrière-pensée. Peut-être que tu changeras ta routine quotidienne un tout petit peu, en y ajoutant un moment de silence. C’est toi qui sais ce qui te repose.

La résolution de Roseaux : ne publier des articles que quand on en a la force et l'énergie.

5. Arrêter avec la cancel culture

Ça va un peu avec le burn out militant et le self care : s’il y a bien un truc qui épuise et qui décrédibilise le militantisme, c’est la cancel culture – cette invalidation systématique de toute personne du milieu militant dès lors que celle-ci sort des clous que l’on a définis pour soi. En d’autres termes, c’est d’aller insulter, saper et souvent harceler toute personne qui fait un truc qui ne te plaît pas. Et ce, en piochant parmi les autres militant·es, sinon c’est pas marrant. Pourquoi on s’emmerderait à aller cogner sur les fachos quand on peut se jeter en meute sur une sœur féministe ?

Il y a autant de féminismes qu’il y a de féministes – chacun·e apporte son propre système de valeurs, ses propres codes, sa propre culture. Parfois, on n’est pas d’accord, ça arrive. Et quand ça arrive sur Twitter, par exemple, quand un·e militant·e dit quelque chose et qu’un·e autre militant·e n’est pas d’accord, ça dégénère environ dans 100 % des cas. C’est épuisant pour tout le monde. Ce qui pose problème, ici, c’est que les afficionad@s du call-out et du cancel oublient complètement qu’iels ont affaire à des êtres humains, qu’iels les harcèlent (on rappelle que c’est puni par la loi pour des raisons évidentes), les détruisent, les anihilent, pour un mot de travers. Cette injonction à la perfection militante est à la fois épuisante et terrifiante – les féministes elleux-mêmes n’osent plus rien dire de peur de se prendre une volée de bois vert de leur propre camp. Et quand on a plus peur de ses allié·es que de ses ennemi·es, c’est qu’on a vraiment un problème.

Alors en 2020, on tourne sept fois son doigt autour du bouton « envoyer » avant de poster un tweet irrité dirigé vers un·e militant·e qui lea détruira peut-être pour des semaines, et si vraiment on a besoin de mettre en lumière la nullité d’un compte Twitter, on se lâche tranquillou sur la fachosphère qui, elle, dit douze mille conneries dangereuses à la minute.

La résolution de Roseaux : vous proposer un article plus détaillé sur la cancel culture pour apporter un éclairage à cet épiphénomène du militantisme.

6. Faire la paix avec le corps des autres (et éventuellement avec le tien)

En cette saison de shaming général, entre les clubs de gym qui t’encouragent à préparer dès janvier le corps que tu te dois apparemment d’exhiber en juillet sur la plage de Ploudalmézeau et les familles reloues qui ont passé tout Noël à juger de la quantité de bouffe que mangeait ta cousine grosse (Tu es sûre que tu veux du dessert ?), viens on arrête deux minutes l’obsession des corps parfaits, d’accord ? Les corps parfaits, c’est épuisant. Le rapport à l’alimentation, pour beaucoup, c’est conflictuel – donc épuisant.

Ta voisine est grosse ? Ta prof de yoga est poilue ? Ton collègue de bureau fait de l’eczéma ? Si tu trouves ça dégueulasse, même un peu, même en silence, ça peut être une bonne idée de réfléchir au pourquoi : à quel moment on a décidé que tout devait être tellement sous contrôle qu’on en a créé un dégoût de tout ce qui dépasse du coloriage ? En quoi le corps serait-il dégueulasse ?

Si tu nous lis, tu es probablement déjà un peu sensibilisé·e à la question, mais c’est quand même une résolution qu’on a envie de prendre avec toi : plus de bienveillance à l’égard des corps, de tous les corps, ça sera un bon pas en avant dans une année plus douce. Et ça vaut pour ton corps : on te souhaite qu’en appréciant la beauté des autres corps, tu réalises la splendeur du tien.

La résolution de Roseaux : montrer encore plus de corps et relayer plus de contenus body positive.




5 commentaires

Petit Citron

Bonjour, je sais que mon commentaire ne va pas forcément plaire (voire le point cancel-culture que je comprends bien mais la culture de la discussion peut être enrichissante aussi! Je ne remets en cause l’engagement de personne) mais je me permets tout de même une remarque. Attention avec l’idée que manger de la viande est forcément mauvais. Il s’avère qu’en particulier chez les femmes, la consommation de viande peut être très bonne pour la santé et l’équilibre hormonal. Je précise que je ne fais partie d’aucun lobby et que j’ai bien conscience que l’industrie agro-alimentaire est responsable de ravages sur l’environnement et la santé des individus. Je suis juste une citoyenne engagée qui s’est bien informée sur le sujet à la suite d’une grave maladie. Je sais que le végétalisme et le végétarisme sont à la mode mais je voulais juste rappeler que manger de la viande et des produits d’origine animale de bonne qualité peut avoir des effets ultra bénéfiques pour la santé (en particulier quand on est une femme, des études sérieuses et indépendantes le démontrent) et même protéger de maladies. Je me permets de l’écrire pas pour critiquer cet article mais simplement pour dire que ce serait un sujet intéressant à aborder (par exemple un article sur les liens entre l’alimentation et la santé des femmes).

Réponse
    Roseaux Magazine

    D’accord, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on dit dans notre article 😀
    Notre résolution, c’est de consommer mieux et moins de produits animaux, justement 🙂 À aucun moment on n’a dit « devenez tou·te·s vegans maintenant sinon vous êtes des mauvaises personnes » ! Ceci étant dit, « Bon pour la santé » ok, mais à quel point est-ce que ça justifie de tuer des animaux ? Et si on n’a pas la possibilité de ne pas du tout consommer de viande (pour des raisons qui peuvent être de santé physique ou psychique ou toute autre raison), personne ne jette la pierre à personne, et justement on peut essayer de compenser un peu en renonçant à certains matériaux, etc 🙂
    Après c’est sûr que le sujet alimentation/santé est super intéressant, il faut voir si on trouve une personne spécialiste pour nous y aider – et on veut bien voir des sources en attendant, si elles sont vraiment indépendantes… Parce qu’on cherche, mais les seules études à dire que la viande est bonne pour les consommateurs sont toutes – plus ou moins discrètement, plus ou moins directement – sponsorisées et/ou influencées par l’industrie de la viande quand même 🙂

    Réponse
      Mélanie

      Zut y a plus l’article de Hassina de la RTBF…

      Et concernant la viande, je connais des nutritionnistes (ne faisant pas partie de lobby alimentaire) qui défendent une consommation modérée de viande. Un article parmi d’autres : http://www.taty.be/nourrit/mythesvianderouge.html
      En gros Taty estime qu’il existe plusieurs profils nutritionnels et que pour certaines personnes la viande est bonne voire nécessaire (elle y compris). Mais pas pour tout le monde. Ca expliquerait beaucoup de désaccords sur le sujet. Non ?

      Réponse
    Cosmia

    Bonjour Petit Citron je pense que tu souleves un point plus qu intéressant car cela relève de la santé des femmes. Et justement j ai moi aussi besoin vital de lumières sur le sujet en ce moment suite à problème : savez vous quelles quantités /semaine ou /mois il.serait bénéfique pour le système hormonal de consommer de la viande de qualité ?
    Merciii et une belle année de santé parfaite a vous 🙏🏻🙏🏻🙏🏻

    Réponse

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