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Mon séjour en psychiatrie (6/6) : Journal d'un sevrage inachevé
Roseaux, magazine féministe





Cet article fait partie du dossier "Mon séjour en psychiatrie".

Jour 01

Tous les matins, c’est le même rituel : lever un peu difficile mais encouragé par la lumière dehors, douche, habits choisis plus ou moins au hasard, ma dose d’antidépresseurs dans la poche de mon pantalon, puis direction la cuisine pour le premier café de la journée.

Mais aujourd’hui j’ai l’impression d’exécuter une action subversive comme jamais, quasiment révolutionnaire : au lieu de mettre un cachet et demi dans ma poche, je n’en mets qu’un. 10 mg aujourd’hui, pas 15. Le sevrage peut commencer.

 

Jour 02

Je gribouille un calendrier des semaines et mois à venir sur une feuille que je scotche au-dessus de l’étagère sur laquelle est entreposée ma réserve d’AD. Ainsi, je pourrai tous les jours noter la dose que je prends. J’ai décidé d’alterner entre 10 et 15mg un jour sur deux, et je ne veux pas perdre le fil. J’ai appris à mon insu à ne pas faire trop confiance à mon cerveau encore bien fatigué et embrumé.

 

Jour 04

Je découvre l’effet cumulatif des effets secondaires : ceux des AD, auxquels je suis désormais habituée (hyper sudation, hypersensibilité à la chaleur, sensation plus ou moins fréquente d’avoir fumé un joint), désormais combinés à ceux du sevrage : nausées quasi permanentes, diarrhée, courbatures (alors même que mon activité la plus sportive du moment consiste à sortir les poubelles, passer l’aspirateur, ou porter mes courses). Je vérifie les effets secondaires du sevrage sur Internet. Pour une fois ça correspond. Ça n’arrange pas mes affaires, mais au moins je suis rassurée. Je réagis « normalement ».

 

Jour 09

Ma psychologue étant rentrée de vacances, je lui raconte que j’ai commencé le sevrage, toute seule, comme une grande, alors même que j’avais promis à tout le monde, et à moi-même en premier lieu, de faire les choses « bien » pour une fois. Ce qui signifiait donc d’attendre mon prochain rendez-vous chez mon psychiatre. Dans 3 semaines. Mais je ne me sentais pas d’attendre un mois supplémentaire. Si j’ai commencé le sevrage, c’est avant tout parce que j’en avais ras-le-bol d’avoir l’impression que ma peau allait se mettre à brûler lorsque le soleil brillait et qu’il faisait 20° dehors.

Ma psy est – comme d’habitude – très bienveillante. Elle me dit que mes raisons, même si elles peuvent sembler futiles (vouloir profiter de l’été qui arrive) « vont vers la vie ». Et que c’est bon signe. J’esquisse un sourire. J’aime bien voir les choses comme ça.

 

Jour 14

Deux semaines déjà que j’ai commencé mon sevrage. Avant de commencer j’avais posté un message sur un groupe Facebook féministe. J’avais besoin de retours d’expérience sur le sujet. Tout en sachant pertinemment que ce petit sondage n’avait aucune valeur scientifique, j’avais besoin de lire des témoignages sur le sujet. Parce qu’on ne parle jamais de cette période transitoire, parfois entrecoupée de rechutes à des degrés divers.

Beaucoup de gens me répondent, très vite, certain·e·s me parlent longuement des conséquences physiques et/ou psychologiques. On n’a pas tou·te·s pris les mêmes AD, mais ces témoignages m’ont permis de mêler initiative personnelle et prudence avant de commencer : les « paliers » doivent être assez longs, afin que le choc ne soit pas trop important, et le risque de rechute ainsi réduit au maximum.

Deux semaines plus tard donc j’hésite à réduire encore la dose. J’en ai marre de bouffer un jour sur deux ces 15mg. J’ai l’impression de m’empoisonner volontairement.

Je repense à un terme grec, « pharmakon », qui signifie tout autant « remède » que « poison ». Je trouve que cette signification ambivalente représente parfaitement la relation que j’entretiens désormais avec mon AD. D’un côté il a contribué à me sauver la vie il y a de cela presque un an. D’un autre côté, les effets tout court et les effets secondaires sont terriblement présents, tant dans mon corps que dans ma tête. J’en ai marre de ne pas avoir d’énergie, de ne pas avoir accès à mes émotions, de n’avoir accès qu’à environ 30 % de mon cerveau.

J’en parle à ma psy, je lui dis : « Je suis une chercheuse, je suis une militante, je ne suis rien sans mon cerveau. » Elle sourit. Elle me dit de faire preuve de douceur à mon égard. Je me retiens de ricaner. « Ce n’est pas vraiment ma spécialité. » « Je sais. » Son sourire se fait plus doux.

« Je n’en peux plus de ne pas travailler. Je n’en peux plus de ne pas être capable d’écrire des articles militants théoriques. C’est très bien d’écrire des témoignages et d’accompagner des contributeur·ices extérieur·e·s dans la rédaction de leurs articles, mais je veux PRODUIRE du savoir.  »

 

Jour 15

Je suis à mon nouveau travail, c’est mon deuxième jour ainsi que ma deuxième semaine. J’ai décidé de commencer doucement, de toute façon je ne peux pas faire autrement. Je reviens de ma pause déjeuner avec une amie. Je remonte dans mon bureau. Arrivée devant la porte, je vois que mes mains tremblent. Encore. Ça fait des jours que ça dure. Je redescends, me pose au soleil et fume une cigarette. Enfin, je tente, parce que cela nécessite de rouler. Et rouler avec les mains tremblantes… Au final, je mets presque autant de temps à rouler qu’à fumer. J’ai hâte que tout cela s’arrête.

 

Jour 20

La plupart des effets du sevrage ont disparu. Ce sont surtout les nausées qui sont encore présentes, de façon intermittente. Je fais avec. Pas le choix de toute façon. En contemplant mon calendrier de sevrage, je suis à deux doigts de réduire encore la dose. Je tiens bon. Mais la tentation est forte. Je sens mon énergie revenir petit à petit. C’est tellement bon ! J’avais oublié.

Mon rendez-vous chez le psychiatre est dans deux jours. Je peux bien tenir jusque là.

L’énergie n’est pas la seule à revenir. L’autre jour j’ai versé une toute petite larme devant un très beau discours sur l’acceptation de la différence, prononcé dans une de mes séries préférées. Mes émotions sont donc en train de revenir.

Le problème, c’est que je n’ai jamais appris à les gérer. Je savais que réduction des AD égalait à un retour progressif de mon hypersensibilité. Je sais que cela va me permettre de travailler dessus avec ma psy. Mais ça aussi j’avais oublié. Oublié à quel point certains événements, certains propos pouvaient me mettre hors de moi. C’est bientôt l’Eurovision, et sur les réseaux sociaux fleurissent, sous couvert d’antisionisme, l’antisémitisme bien connu. Et ce même au sein des groupes Facebook féministes que je fréquente. Mes doigts se crispent autour de ma tasse de café. Je suis à deux doigts d’écrire un commentaire incendiaire dénonçant le glissement de l’antisionisme vers l’antisémitisme. J’ai beau ne pas être croyante, être antiraciste, m’insurger contre ce que subissent les Palestinien·ne·s, je n’oublie pas d’où je viens, et l’antisémitisme est une des discriminations qui me fait le plus mal, qui m’atteint en plein cœur à chaque fois. Et ça, avec moins de médicaments, je ne sais pas le gérer.

 

Jour 25

D’après mes calculs et mon calendrier scotché sur mon mur, je devrais réduire encore un peu plus les doses à partir d’aujourd’hui. Un jour 10mg, un jour 5mg. Pendant deux semaines. J’en crève d’envie. Mais je sens que je ne suis pas prête. Mon état pendant le week-end qui vient de s’écouler le prouve : toutes ces personnes dont j’ai vu les commentaires glisser subtilement de l’antisionisme à l’antisémitisme, sous couvert d’anticolonialisme, ont failli me rendre malade.

J’ai redécouvert une facette de mes émotions : cette colère qui surgit, sourde d’abord, puis qui commence à me ronger de l’intérieur. Si j’avais été moins fatiguée, s’il avait fait moins chaud, je serais allée courir pour extérioriser tout ça, comme j’en avais l’habitude avant. Mais je ne suis pas en état, alors je me plonge dans « Killing Eve », une série qui met en scène une tueuse à gage complètement badass.

C’est gagné, ça me change les idées, je n’y pense plus.

La veille, j’en ai discuté avec ma grand-mère. Ma grand-mère, toujours là quand j’en ai encore plus marre que d’habitude des discriminations. Elle me rappelle les bases : on n’a jamais terminé de déconstruire le discours raciste et/ou antisémite, même dans les milieux féministes. Même parmi celleux qui se disent intersectionnel·le·s. Elle me calme, me rassure, me raisonne.

Alors quand je vois à quel point j’ai récupéré ma capacité à me mettre en colère, je me dis qu’il vaut mieux que je continue avec mes 10mg par jour pendant une semaine encore au moins. Le temps de voir ma psy, le temps de m’habituer de nouveau à ce sentiment de colère. L’apprivoiser. L’accueillir, comme dit ma psy. Pour en faire quoi après ? Je n’ai pas encore la réponse.

Et puis il y a ce nouveau médicament que je prends en complément, qui doit me doper afin de créer un cercle vertueux : plus d’énergie, donc plus de capacité à réfléchir, donc plus facile d’écrire, donc des avancées concrètes, donc de la bonne humeur. Bref, tout ce dont j’ai besoin. Je l’aime bien, ce nouveau médicament. Peu d’effets secondaires, à part un pic d’hyperactivité et d’insomnies les premiers jours. Je sens mon cerveau revenir. Il revient de loin, mais je peux de nouveau lire de la philosophie et de la théorie féministe, et ça, ça n’a pas de prix.

 

Jour 29

J’ai rendez-vous avec une des psys responsables d’une étude qui se penche sur les liens entre dépression et bipolarité. Un an que j’y participe. Des entretiens plus ou moins longs, par téléphone ou à l’hôpital. Comme aujourd’hui, où je retourne dans cet endroit pour la première fois depuis de longs mois. Je sens ma poitrine se serrer lorsque je pénètre dans cet immense bâtiment gris. Je ne croise personne que je connais. Je ne reconnais aucun visage. Pas même une infirmière du service où j’avais été hospitalisée. Ces six semaines passées ici l’an dernier me semblaient jusque là assez lointaines. Aujourd’hui, elles n’ont jamais paru si proches. Il est midi, et j’ai l’impression d’avoir un planning de thérapie chargé pour l’après-midi.

La psy qui m’accueille est aussi gentille que celle dont j’ai l’habitude. Elle s’excuse parfois de la complexité de ses questions, ou de leur caractère répétitif. Ou encore lorsqu’elle me pose des questions personnelles. Je dois parler de ma dépression, de mes viols, de mon deuil, de mon coming out.

Au bout d’une heure et demie je demande une pause. Elle voit le paquet dans ma poche lorsque je me lève pour enfiler ma veste : « Prenez le temps de fumer, j’ai pris l’après-midi pour que l’on puisse remplir tous les questionnaires.  »

Lorsque je reviens, un café à la main, elle m’interroge sur les comportements qu’adoptent souvent les personnes bipolaires en phase maniaque :

« Vous est-il déjà arrivé de dépenser une grosse somme d’argent d’un coup, sans réfléchir ?

Non, jamais.

Vous est-il déjà arrivé d’avoir un comportement inhabituel en terme de sexualité, voire de vous mettre en danger ?

Vous pouvez développer ? Je sais que c’est inconfortable pour vous, je suis désolée.

Pas de soucis. Alors il y a eu cette fois où… Et puis cette fois-là, où… Ah et le jour où… »

Et je développe. Je parle, je parle. Ça me fait du bien – s’il y a bien quelque chose qui me fait du bien depuis un an que toute cette galère dure, c’est de parler – mais lorsque je sors de l’hôpital je suis obligée de prendre dix minutes pour que mes mains arrêtent de trembler et que je sois en état d’enfourcher mon vélo.

 

Jour 33

Les effets du sevrage, encore et toujours. J’ai tellement la nausée que j’ai l’impression que je vais vomir tout mon déjeuner. Franchement, je me suis donné la peine de cuisiner, ce n’est pas pour que ça finisse aussi vite dans les toilettes.

J’ai un article à rendre pour une revue universitaire d’ici la fin du mois. La deadline approche, mais je n’arrive pas à avancer : trop fatiguée, trop défoncée aux médicaments, trop affaiblie par le sevrage, trop vidée par mon nouveau travail.

Alors j’avance par ci par là. Aujourd’hui, les notes de bas de page. Je perds des citations sans m’en rendre compte, sans savoir où elles sont passées. Je soupire. Je sens les larmes qui montent. Ah oui, les émotions qui reviennent. Merde, ça n’est vraiment pas le moment.

« Accueillez vos émotions. »

J’essaie désormais d’avoir toujours en tête quelques unes des phrases importantes prononcées par ma psy.

« Accueillez vos émotions.  »

Ok. Je sens que les larmes ne couleront pas maintenant. Je me prends du temps pour respirer profondément. Pour une fois je n’essaie même pas de retenir mes larmes.

J’en ai marre de ce sevrage. Des semaines que ça dure. Des semaines que je suis à fleur de peau. Des semaines que j’ai les mains qui tremblent, des nausées, des cauchemars pratiquement toutes les nuits.

Je veux juste récupérer ma vie, mon cerveau, mes capacités. Et avancer.

 

Jour ? ?

Réduire encore la dose. J’en vois bientôt la fin. Bientôt mon corps sera libéré de cette merde. Et tant pis si à chaque nouvelle étape il faut en passer par 3-4 jours désagréables. Rien d’insurmontable.

 

Jour ? ?

J’ai perdu le fil des jours. J’ai l’impression que ce sevrage dure depuis une éternité. Cela fait des semaines que le calendrier de sevrage que j’avais dessiné est devenu inutile, et j’ai oublié d’en faire un deuxième. 5 mg tous les deux jours pendant trois semaines. Aujourd’hui j’ai décidé de passer à la phase suivante, l’avant-dernière : 5 mg tous les trois jours. C’est bientôt terminé.

 

Jour ? ?

J’ai encore perdu le fil. Quand ai-je pris ce petit comprimé pour la dernière fois en plus de mon autre médicament ? Il y a deux jours ? Trois ? Quatre ? Impossible de me souvenir. C’est peut-être le signe que je peux passer à l’étape suivante : 0 mg, pour terminer d’éliminer ce poison de mon système.

 

Jour ? ?

Les nausées. Les migraines. Les angoisses. Les vertiges. La fatigue. La vue trouble. Les maux de ventre. Le cerveau embrumé. Les courbatures. La diarrhée.

 

Jour ? ?

Je n’ai rien mangé depuis un jour et demi. Je ne peux pas, je ne veux pas, j’ai l’impression que je vais tout vomir dans les minutes suivantes. C’est déjà un miracle que j’arrive le matin à avaler un café et mon autre médicament. Mon passif en termes de troubles du comportement alimentaire n’aide pas.

J’avais pourtant trouvé ces dernières semaines un rythme qui me convenait : bibliothèque 2 à 3 jours par semaine, un jour au boulot, un jour de repos post-boulot, le week-end tranquille. Et puis ce matin, l’incapacité de me lever pour rejoindre une amie à la bibliothèque. Je me traîne toute la journée, alternant tant bien que mal entre mon lit et le canapé, incapable de faire autre chose que de laisser Netflix tourner.

 

Jour ? ?

Je devrais être en train de travailler, de chez moi puisque ma cheffe est malade, mais je n’y arrive pas. Me lever et prendre une douche m’a coûté tellement d’énergie que je ne peux que m’affaler sur le canapé. Mes amies me disent d’aller voir mon psychiatre en urgence. Manque de chance, c’est fermé le mercredi après-midi. Je trouve un médecin généraliste, le seul de mon quartier a être ouvert.

« Je n’ai qu’une carte européenne d’assurance maladie, j’espère que c’est bon. » Je sens mon allemand qui est en train de partir. Formuler cette phrase m’a coûté un effort immense.

« Le docteur ne prend plus de nouveaux patients, madame.

Mais je…

Je ne peux rien faire pour vous.

… Au revoir.  »

Je n’ai pas eu la présence d’esprit d’insister. J’étais trop occupée à retenir les larmes que je sentais monter.

Je rentre, et sous la douche j’éclate en sanglots. Nerveusement, je suis à bout. Tout ça ne fait pas sens : comment mon corps peut-il réagir si violemment à la fin du sevrage ?

 

Jour ? ?

Je mets 20 minutes à rédiger un mail qui tienne à peu près la route : je m’excuse auprès de ma cheffe, heureusement elle est à peu près au courant de ma situation actuelle. J’espère qu’elle comprendra. C’est d’ailleurs ce que je lui écris.

 

Jour ? ?

J’ai réussi à me traîner jusque chez ma psy, malgré le sauna qui a remplacé le métro berlinois. Quand elle voit ma tête, je la vois froncer les sourcils. Je lui parle de la semaine qui vient de s’écouler. Comme depuis plusieurs jours, je suis à deux doigts de pleurer. « Ce n’est pas grave de pleurer, même au milieu d’un cabinet inconnu. » Elle me dit d’aller voir mon psychiatre en sortant de son cabinet. Et de ne pas tarder, puisque les médecins ferment le vendredi après-midi.

« Il faut absolument que je parle à M. O…, j’ai un problème avec mon sevrage.

Il n’est pas là aujourd’hui, revenez lundi.

La secrétaire a à peine levé les yeux de sa pile de papiers.

Il n’y a pas quelqu’un d’autre ? Ça ne va vraiment pas. »

Elle lève la tête, me regarde, change de ton. Me conseille de reprendre mon traitement pour tenir, physiquement comme nerveusement, jusqu’à lundi, de me reposer, et de revenir lundi. Et d’aller aux urgences psychiatriques si vraiment je n’y arrive plus.

Je rentre, je contemple pendant un quart d’heure ce petit comprimé. Si je recommence maintenant, je devrai bientôt repasser par la même épreuve. Un énième vertige l’emporte, je le gobe avec mon café. Impossible de retourner aux urgences psychiatriques de mon quartier, qui sont désormais dans mon top 3 des endroits que je déteste le plus.

Une amie me fait quelques courses pour passer le week-end. On passe la soirée à boire de la bière sans alcool sur le balcon. Les 5 mg font déjà effet, je sens que je reprends lentement vie..

Pas de réponse de ma cheffe.

 

Jour ? ?

Et si elle me virait parce que je ne suis pas fiable ?

 

Jour ? ?

Mon psychiatre me prend entre deux rendez-vous. Lui aussi fronce les sourcils dès qu’il me voit. Il me laisse parler, ou plutôt il me laisse tenter d’articuler des phrases à peu près cohérentes en allemand. Même tenir une conversation simple avec ma coloc est devenu compliqué, alors quand il s’agit de termes médicaux… Bienveillant, comme à son habitude, il entend mes craintes, mes frustrations, mon désir d’aller de l’avant. Mais apparemment le moment n’est pas venu de me débarrasser complètement de ce poison. Et 5 mg par jour, c’est reparti. Il prend le temps de me rassurer, s’enquiert de ma situation actuelle, me demande de lui raconter ce que j’ai prévu pour mes vacances en France à venir. Il me fait même un arrêt maladie pour la semaine dernière, alors que ce n’est pas vraiment légal.

Bizarrement je ne suis pas plus frustrée que ça de reprendre mon premier traitement. Après tout, un ou deux comprimés tous les matins, quelle différence ? Tant pis, je garderai cette béquille-là un peu plus longtemps que prévu. Il paraît que c’est déjà formidable que j’aie réussi, si vite, à réduire autant les doses.

Ma cheffe répond. « Chère Margot, à mercredi donc. Soigne-toi bien. Bien à toi, K.  » Un mail laconique, mais me souhaitant un bon rétablissement. Pourquoi est-ce que j’angoisse toujours sans raison ?



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3 commentaires

Mathilde B

Il m’a fallu plus de trois ans sous AD avant d’envisager de commencer un sevrage qui a duré presqu’un an. Il m’a fallu neuf mois pour arrêter mon neuroleptique. J’ai attendu de me sentir complètement stable pour arrêter mes médicaments, parce que je ne voulais pas me rajouter une pression supplémentaire. Et c’est ok. Garder ses médocs longtemps c’est ok, c’est même normal, c’est ce qui se passe souvent.
Tu garderas ce petit comprimé aussi longtemps qu’il le faut, aussi longtemps que tu en auras besoin, et c’est ok. Merci pour tous tes témoignages sur la psychiatrie, c’est super utile, c’est super militant aussi.
Et n’oublie pas que ça va le faire aussi <3

Réponse
agnes

Merci de partager tout ça Margot, tu fais ça très bien, n’arrête surtout pas d’écrire.

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