Santé Témoignages Validisme
Confinement, dépression et leurs ami·e·s Roseaux, magazine féministe



Cet article fait partie du dossier "Témoignages de confinement".
Je souffre de dépression sévère et chronique depuis une dizaine d’années. La cousine de la dépression, l’anxiété chronique, a voulu se joindre à la fête il y a quelques années. «  Chronique  », cela veut dire que ça dure dans le temps, que ça part comme c’est arrivé, que je ne peux rien prévoir.

Une cousine lointaine s’est incrustée dans le groupe, elle a en réalité toujours été là dans l’ombre, mais on n’a trouvé son nom qu’en 2017 : l’endométriose.

Je ne suis par chance pas confinée toute seule. Je n’ose pas imaginer mon état psychologique si je m’étais retrouvée seule face à moi même durant ce confinement. Je pense à toutes les personnes qui comme moi doivent faire face à leurs troubles psychologiques seules, sans aide. Je n’ai pas de psychologue car je n’en ai pas les moyens et qu’en France cela reste un luxe de pouvoir consulter. J’ai l’immense chance d’avoir un médecin traitant qui comprend les troubles de la santé mentale, cela faisait dix ans que je le cherchais. 

Je suis angoissée toute la journée, du matin au soir. Le stress permanent réveille mes douleurs chroniques d’endométriose et sans accès à mes soins et traitements  hebdomadaires (ostéopathie, kinésithérapie, centre anti-douleur), j’ai peur que ma douleur s’aggrave sur le long terme.

Avant le confinement, sortir de mon appartement était déjà une épreuve (dépression, anxiété sociale sévère, douleurs physiques). Il m’est déjà arrivé de devoir sortir faire les courses puis de faire une crise d’angoisse dans l’ascenseur et de faire demi-tour. Depuis le confinement, sortir faire les courses est un enfer. J’ai peur de tout, j’ai peur des gens, j’ai peur de me faire contrôler même si j’ai toujours mon attestation, peur du jugement des autres, peur de perdre mes moyens et de m’effondrer en public, peur d’attraper le virus et de contaminer mes proches.

Alors je reste enfermée chez moi mais je ne respire pas, je ne me détends pas pour autant. Regarder des séries, rattraper les vieux films, lire 512 livres, faire 57 gâteaux, apprendre à faire du pain, suivre une vidéo de sport en ligne, toutes ces choses qu’on voit sur Instagram, je n’y arrive pas. Je me félicite si j’arrive à sortir de mon lit et à prendre une douche. Car je dois constamment me battre contre mon esprit qui me répète sans cesse que je ne vaux rien. La course à la «  productivité du confinement  » me fait culpabiliser.

Lorsque j’ose me confier aux autres, on me dit «  il faut positiver  ». Le cerveau d’une personne souffrant de dépression n’a pas ce mode. J’aimerais pouvoir dire que c’est aussi simple. J’aimerais que les gens comprennent que répéter «  mais positive !  » à une personne souffrant de dépression, c’est comme dire «  mais essaye un peu de marcher !  » à quelqu’un qui serait paralysé·e des quatre membres. 

On parle beaucoup de solidarité en ce moment. Moi, de la solidarité, je n’en ai ressenti aucune. Personne ne m’envoie de message, ne serait-ce que pour savoir comment je vais, savoir si je tiens le coup.

Pour les personnes souffrant de troubles de la santé mentale, le confinement n’aura rien changé. Nous sommes toujours invisibles, si ce n’est encore plus. On ne parle pas de santé mentale en France. Pour trouver du soutien, j’ai dû rejoindre un groupe britannique sur Facebook, donc en anglais. 

Énormément de personnes se retrouvent seules confinées chez elles, seules faces à leur traumatismes, sans aucune aide extérieure – énormément de personnes n’osent pas demander de l’aide en ce moment par peur de déranger les médecins déjà surmené·e·s. Et moi la première. Parce qu’«  il y a pire  ». Et pourtant, nous sommes légitimes à demander de l’aide médicale, car la santé mentale nous concerne tous. 

Les gens nous disent «  tout ça c’est dans ta tête  », mais la tête, l’esprit, ne font-ils pas partie du corps humain ?

Si la crise du coronavirus est terrible et sans précédent, je ne veux même pas imaginer le nombre de personnes qui va se suicider pendant le confinement. 

J’envoie tout mon soutien aux personnes souffrant de troubles psychiques pendant cette période. Et j’aimerais inviter les gens à prendre des nouvelles de leurs proches, même de leurs moins proches. Si quelqu’un vous dit qu’iel est angoissé·e, s’il vous plaît, faites attention à vos mots. Ne répondez pas «  tout le monde est stressé·e  » ou «  tu es trop pessimiste  » ou «  tu as trop d’idées négatives dans ta tête  » – essayez d’être  bienveillant·e·s, indulgent·e·s. Écoutez vos ami·e·s, écoutez vos proches, évitez de leur donner trop de conseils car cela pourrait faire plus de mal que de bien et les enfoncer dans la culpabilité. Une main tendue, un petit message pour nous rappeler qu’on est aimé·e, cela peut faire toute la différence dans la journée d’une personne qui souffre psychologiquement et cela peut même sauver une vie.

Courage à toutes à tous.





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