Santé Témoignages
Confinement et dépression Roseaux, magazine féministe



Cet article fait partie du dossier "Témoignages de confinement".

Je suis dépressive. Et je suis soignante.

J’ai quitté le milieu hospitalier il y a 3 ans et demi pour adapter mon temps de travail à mes troubles psy. Je travaille assez peu, je m’arrête parfois plusieurs semaines quand ça ne va vraiment pas, je m’épuise facilement, je donne beaucoup aux patients, souvent trop, et j’ai besoin de beaucoup de temps pour récupérer un peu d’énergie.

Alors un confinement pendant une pandémie, c’est un enfer pour moi.

Parce que je culpabilise en tant que soignante de ne pas être en première ligne à l’hôpital, et en même temps je sais que travailler à l’hôpital dans un tel contexte, avec des horaires illimités et des patients qui meurent tous les jours, c’est risquer que je m’effondre. Je me suis inscrite sur la réserve sanitaire parce que je crois que mon devoir envers les autres est supérieur à ma santé mentale, et je vis chaque jour entre culpabilité d’être chez moi et angoisse qu’on m’appelle pour aller aider.

Par ailleurs, en tant que dépressive, je sais rester chez moi pendant des jours sans bouger de mon lit sauf pour aller aux toilettes. Mais je sais aussi que sortir est souvent nécessaire pour ne pas sombrer complètement, et là, ça m’est interdit, c’est même anxiogène puisque j’ai peur de choper le virus ou le transmettre, peur d’être arrêtée par la police (même avec une attestation ça m’angoisse de me faire arrêter), peur d’être jugée voire insultée par les gens confinés. Et je m’en veux même d’oser me plaindre. Alors je reste chez moi, et je cohabite avec Angoisse, Culpabilité et Tristesse.

Je pleure beaucoup. Parce que j’ai peur que mes proches soient touchés par le virus, parce que je suis profondément triste de savoir que tous ces gens meurent seuls à l’hôpital, parce que la recrudescence des violences policières dans les quartiers populaires me terrifie, parce que ce monde me semble trop fragile et individualiste pour survivre à tout ça.

J’ai aussi peur pour après, comment on va se relever de tout ça, comment les soignants vont vivre avec les décisions qu’ils ont dû prendre, comment les gens vont faire leur deuil sans avoir pu dire au revoir aux personnes décédées, comment les petits commerces et les personnes précaires vont faire pour survivre, combien de femmes seront tuées par leurs conjoints pendant ce confinement, combien d’enfants tabassés, combien de personnes se seront suicidées, vais-je survivre à tout ça  ?

Voilà ce qu’il se passe tous les jours chez moi, j’imagine que c’est le quotidien de beaucoup de personnes vivant avec un troubles psy et c’est important d’en parler. Courage à tou·te·s.

Tu es en première ligne face à la crise (à l’hôpital, dans un EHPAD, etc.) ? Ton travail t’oblige à sortir (caissier.e, éboueur.se, TDS, etc.) ? Tu es confiné.e avec un conjoint violent ? Tu es à haut risque (personne âgée, maladie chronique / auto-immune, etc.) ? Vous êtes nombreux.ses dans un petit appartement et/ou dans un logement insalubre ? Tu es (encore plus) en précarité financière ? Tu as des troubles psys ? Tu es une personne dépendante ? Tu es parent célibataire ? Tes enfants souffrent de la fracture numérique et sociale ? Tu es enceint.e ? Tu as des addictions ? Tu as subi des violences policières ?

Ecris-nous à contact@roseaux.co ! La forme est libre, et ne te préoccupe pas trop de la grammaire et de l’orthographe, on s’en chargera. Parle-nous de ton quotidien, de tes difficultés, fais-nous part de ta colère. Ta voix mérite d’être entendue.




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