LGBTQ+ Témoignages
Témoignages : quand le coming out n’est pas un drame
Roseaux, magazine féministe





Le coming out avec un grand CO, passage obligatoire des personnes LGBTQIA+ ? Parce que nous avons des histoires variées, parfois très sombres et parfois très simples, nous avons souhaité donner la parole à des personnes qui ont vécu des coming out doux, sans troubles ni remous.

Je suis bi. Et quand on me demande parfois comment s’est passé mon coming out, je ne sais pas trop quoi répondre. Déjà parce qu’il n’y a pas un coming out, mais une multitude, tout au long de la vie. Mais aussi, et surtout, parce que j’ai l’impression de ne jamais en avoir fait. Je suis out, mais je ne me rappelle pas avoir un jour ouvert la porte du placard dans un élan de courage et de liberté. J’adore regarder sur YouTube des vidéos de personnes queer qui font leur coming out à leur proches, dans les larmes, les câlins et l’amour. Mais je ne me reconnais pas du tout là-dedans.

J’ai toujours tout raconté à ma mère, j’amenais même mes plans cul à la maison quand j’habitais encore chez elle – et elle le savait. Un soir, alors que je m’apprêtais à sortir, elle m’a demandé où j’allais et j’ai répondu que j’avais un date avec une fille. Elle m’a dit de passer une bonne soirée. Et voilà, j’étais out. Un autre jour, ma sœur a raconté à mon père que j’étais de nouveau en couple, et que c’était avec une fille. Comme elle aurait annoncé que j’avais un nouveau mec. Pas de discours avec la voix qui tremble, pas de regards intrigués ou choqués. Et c’est très bien comme ça. Le plus chouette dans tout ça, c’est que je ne suis pas la seule ! Il a plein de personnes queer qui sont out sans être passées par la case dramatique du « coming out officiel ».

« Tu es heureuse, c’est tout ce qui compte »

Malgré les craintes, parfois fondées, qu’une personne peut avoir avant de faire un coming out, les proches peuvent parfois s’avérer surprenants. Le coming out peut aussi permettre à certain·e·s de se rendre compte de l’amour qu’on leur porte, peu importe leur identité.

Pour Sonia, qui vient d’un milieu rural et très homophobe, le coming out à ses parents a commencé de manière assez chaotique. Elle a d’abord annoncé à sa mère que son nouvel amoureux était en fait une fille. Sa mère, après avoir fondu en larmes et demandé ce qu’elle avait bien pu faire de mal, décide de prévenir le père de Sonia et s’éclipse. Là, Sonia s’attend au pire, mais elle a été bien surprise :

Arrivée à la porte, les larmes me montent aux yeux. Je prends à nouveau une grande respiration et ma main tremblante presse la poignée. J’entre. Par la porte entrouverte qui mène à la cuisine, j’aperçois mon père qui lit son journal. Elle ne lui a pas encore dit. Je vais devoir le faire. Je m’avance et je m’aperçois que ma mère est elle aussi dans la cuisine, près des casseroles bouillantes. Elle me fait face. Je la regarde, j’attends de savoir ce qui va se passer, si je vais faire l’objet d’un fait divers dans le journal de demain.

« Je lui ai dit. »

Mon cœur s’arrête. Je me tourne vers mon père, la respiration coupée. Ça y est, c’est bientôt la fin. Il baisse son journal pour atteindre la colonne du haut, comme pour me regarder mais pas vraiment.

« Si c’est comme ça que tu es heureuse… »

Il revient à l’article du bas, le journal cache à nouveau son visage. Et… C’est tout. C’est vrai ? C’est tout ? Pas de meurtre au fusil de chasse ? Pas de corps enterré dans le jardin ? Je n’y crois pas.

Quelques heures plus tard je suis de nouveau sur la route, je reprends enfin ma respiration, je me sens soulagée d’un poids. Et soudain, j’éclate de rire. J’en ris pendant une bonne partie du voyage. Et oui, c’est tout.

Julia vient d’une famille italienne très machiste. Quand sa mère a appris qu’elle avait une copine, elle a coupé les ponts avec elle. Comprenant que ces tensions inquiètent sa grand-mère maternelle, Julia décide d’aller lui rendre visite :

« Mamie, il faut que je te dis quelque chose. Je suis amoureuse d'une fille.
- Oui, d'accord. Et puis ?
- Quoi, tu ne penses pas que je suis malade ?
- Est-ce que tu as de la fièvre ?
- Non...
- Donc tu n'es pas malade. Et tu es heureuse, c'est tout ce qui compte. Alors ta mère et toi, vous vous réconcilierez et on arrête ces histoires ! »

Pour Clara, annoncer à son frère qu’elle avait une relation avec une autre femme lui a permis de se rapprocher de lui :

J’ai un petit frère qui est bisexuel, polyamoureux et non-binaire. C’est à lui que j’ai d’abord fait mon coming out, même si on n’était plus très proches, ne vivant plus dans la même ville. Il n’est pas très extraverti, mais j’avais très envie de lui dire. Et en fait, dès que je lui ai dit, on a énormément parlé de notre rapport aux hommes à tous les deux, et du lien que ça pouvait avoir ou non avec notre père. Puis on a parlé de son genre et de sa sexualité, et ça a créé une intimité très grande entre nous. C’était émouvant, il s’est ouvert d’un seul coup.

Un non-évènement

Un coming out qui se déroule pour le mieux, c’est aussi un coming out qui n’en est pas vraiment un. Une journée comme les autres, une discussion comme les autres. Coline raconte :

Je savais que mes parents n’auraient pas de réactions très dépréciatives, donc leur faire mon coming-out a été un non-évènement : j’ai dit à mon père qui parlait de mon futur mari que ça pouvait être une femme. Du coup, il me disait plutôt : « quand tu auras un petit copain ou une petite copine… » et ça me faisait du bien de l’entendre. Ma mère est restée un peu plus longtemps dans le déni, mais j’ai fini par lui dire clairement que j’étais bi, et elle m’a offert pour mes 22 ans un pyjama avec écrit « queer unicorn ». Ça m’a vraiment touchée, ça m’a fait réaliser à quel point l’aval de mes parents était plus important que ce que j’aurais pensé.

Clémence a une technique bien à elle pour créer les circonstances d’un coming out agréable et sans chichis. Et ça lui a plutôt réussi :

La plupart de mes coming-out se sont faits en voiture. Souvent je dis que c'est parce qu'au moins les gens sont obligés de digérer l'information rapidement si on ne veut pas sortir de la route. Mais vérité j'aime bien l'intimité d'une discussion en voiture qui part dans tous les sens, et qui occasionnellement débouche sur mon coming-out.

Lorsque j'avais 18-19 ans, avec mes ami·e·s, je balançais dans un blanc « Au fait, je suis bi ». Tout simplement parce que je sais qu'iels sont très ouvert·e·s, iels s'en foutent des orientations sexuelles de chacun·e. Donc une annonce sur ma sexualité me semblait aussi pertinente qu'une annonce sur la couleur de mes chaussettes.

Avec ma famille, c'est un peu une autre histoire. Mes parents ne sont pas ce qu’on pourrait appeler hostiles. Cependant, je sais qu’iels sont gêné·e·s par la vue de couples homosexuels en public. J’ai donc évité de balancer une phrase de but en blanc, et j’ai préféré laisser l’information arriver d’elle même dans la conversation.
Il y a deux ans de ça, avec ma maman par exemple, on était en route pour du shopping, elle m'a demandé ce que je faisais ce week-end, et j'ai juste répondu « ma copine me présente à ses ami·e·s ». Alors bon, j'avoue, ça l'a un peu rendue confuse, mais au moins elle a pu prendre son temps pour me demander le soir : « Elle s'appelle comment ? ».

Avec mes collègues de travail pareil, ça arrivait directement dans la conversation. Durant l'entretien d'embauche, lorsqu'iels m'ont demandé pourquoi je changeais de ville, j'ai dit que je déménageais avec ma copine.

En soit, si je fais mon coming-out c'est plus parce que j'ai la flemme de cacher une partie de moi. Pour ma part, c’est juste plus simple. Même si j'ai compris ensuite que ça pouvait aider d'autres personnes. Je me souviens d'une discussion avec des collègues étudiant·e·s lorsque j'avais 20 ans où j'avais dit que j'étais bi. Un ami m'avait appelé « la Suisse » car je « ne faisais pas de choix ». Pour ensuite m'envoyer un message le soir même pour me dire que lui aussi était « Suisse » et que sa copine Émilie s'appelait en fait Émile.

Clara, quand elle annonce à ses parents qu’elle est amoureuse d’une fille, ne s’attend pas à ce genre de réaction de leur part :

Ensuite, je l’ai dit à ma mère. Mais vraiment juste comme ça : « J’ai rencontré quelqu’un, c’est une fille, et je l’aime ». J’avais besoin que ça sorte. Je me souviens, on était face à face sur des fauteuils. Et elle m’a juste demandé ce qu’elle faisait et où elle habitait. Je ne me sentais pas du tout en danger. J’étais complètement libérée de le lui avoir dit.

Puis je l’ai dit à mon père. On était à une terrasse, je lui avais dit que j’avais rencontré quelqu’un et il cherchait le nom de cette personne. Alors il est allé sur un site avec les prénoms masculins les plus utilisés pour ma génération. Et il les listait à la chaîne. Je disais non mécaniquement et d’un coup j’ai dit « Tu ne trouveras pas son nom comme ça, ce n’est pas un garçon ». Ensuite on en a parlé, c’était une conversation très calme. Bien sûr, il m’a demandé si j’aimais encore les garçons, mais il ne m’a pas posé de questions déplacées sur ma sexualité, ce qui m’a étonnée. Voilà, c’était simple, bien plus que ce à quoi je m’attendais, parce que mon père vient d’une famille traditionnelle, religieuse et bourgeoise. Maintenant, il me parle comme si j’étais son pote avec qui il peut parler de femmes. Ce n’est pas optimal mais ça me va, je crois.

Si je dois faire un coming out, que les hétéros le fassent aussi.

Pour certaines personnes queer, faire un ou des coming out n’est pas forcément quelque chose d’évident. Pas parce que c’est difficile, mais parce qu’elles souhaitent éviter ces « moments de vérité » et le côté dramatique qui va souvent avec. Coline explique :

Je n’ai pas fait de coming out élargi : si le reste de ma famille l’apprend, c’est parce que je serai en couple avec une fille, pas parce que j’aurai fait une grande déclaration (je ne vois pas ce que ça m’apporterait), et je ne souhaite pas qu’on me dise que je me cherche.

Roxane, elle, tient un discours très politique quant à la manière de faire (ou de ne pas faire) son coming out :

Je ne voyais pas pourquoi je devais faire un coming out lesbien alors que les hétéros ne font pas de coming out hétéro. J’étais assez à cheval là-dessus. Donc la première fois que j’ai présenté ma copine à mes parents, j’ai vraiment fait en sorte de ne pas la genrer avant de la présenter, pour qu’iels ne puissent pas savoir que c’était une fille, et voir leur réaction à chaud. Mes parents sont séparé·e·s, ça s’est très bien passé du côté de mon père, un peu moins du côté de ma mère. On n’en a pas reparlé depuis, parce que je n’ai pas voulu engager la conversation là-dessus et que je trouvais qu’il n’y avait pas grand-chose à ajouter. S’iels avaient un problème avec ça, iels devaient le gérer elleux-même, parce que ça ne me concernait pas.

Avec les autres membres de ma famille, ça s’est passé de la même manière qu’avec mes parents, il n’y a pas eu d’annonce. J’ai même un oncle qui vient juste de s’en rendre compte, alors que ça fait des années que je suis out ! L’idée que j’ai suivie, c’était de ne pas me comporter différemment des hétéros, parce que je voulais montrer qu’on n’avait pas à se justifier de quoi que ce soit. Les hétéros ne font pas ça, je ne vois pourquoi j’aurais dû expliquer, faire de la pédagogie, parler de ma vie intime… Ça ne regarde personne. Si je dois faire un coming out, que les hétéros le fassent aussi. Pour moi c’est un acte militant, car je considère que toute prise de position personnelle est un acte politique.

Nos identités sont plurielles, nos vécus et nos histoires aussi. Qu’il s’agisse de notre orientation sexuelle ou notre identité de genre, aucun coming out n’est obligatoire – il en va parfois de notre sécurité. Mais si coming out il y a, il n’est pas obligatoire non plus de faire de grands discours, de grandes annonces. Et les réactions ne sont pas obligatoirement très émotives, joyeuses ou agressives. Ne vous sentez obligé·e·s de rien, faites ce que vous souhaitez, ce que vous pouvez. Montrons que nos vies ne sont pas (toutes) des téléfilms. Montrons que nos vies sont parfois aussi ennuyeuses, banales et monotones que celles des personnes cisgenres et hétéros.



SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS POUVEZ SOUTENIR ROSEAUX AVEC UN DON SUR TIPEEE.



Un Commentaire

Pareyt

Salut ! Je voulais vous remercier d’avoir écrit cet article car moi aussi mon coming out n’en a jamais vraiment été un. Tout en douceur, rempli d’amour et de tolérance dans une famille qui pourtant n’était pas familière avec cette situation. C’est la première fois que je lis un article sur les coming-out qui n’ont pas été des drames, et ça fait du bien. Je peux enfin m’identifier à d’autres personnes et ça c’est chouette ! Merci à vous 🙂

Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *