Féminisme, LGBTQ+, Sexe, Societé
La bisexualité pour les nul·le·s

Ou pourquoi je refuse de choisir

N.B. : ne t’effraie pas si tu ne comprends pas tous les termes employés ci-dessous ! Et lis la suite, tu vas apprendre plein de choses chouettes.
N.B. bis : par commodité, j’emploie le terme de « bisexuel.le » afin de désigner toutes les orientations se trouvant sur le spectre de la bisexualité : pansexualité, multisexualité, polysexualité, etc. Je me concentre sur les femmes* bi·e·s, dans la mesure où je parle de ce que je connais, mais de nombreuses réflexions sont valables pour les autres bi·e·s.
N.B. ter : il existe deux types d’orientations, l’orientation romantique et l’orientation sexuelle. Pour fluidifier les explications je parlerai de la « bisexualité » et des « bi.e.s » : pour autant je n’oublie pas le spectre asexuel et aromantique.

Tu as déjà vaguement entendu parler de la bisexualité ? Par exemple dans un film où une fille, qu’on pensait hétéro parce qu’elle a un copain depuis le début, boit un peu plus que de raison en soirée, et finit par tomber dans les bras d’une lesbienne ultra féminine, sous le regard charmé et vitreux du copain en question ? Eh bien la bisexualité ce n’est pas ça. En tout cas pas dans 99,99% des cas.

(Le spectre de) La bisexualité, qu’est-ce que c’est ?

Lorsqu’on parle de la bisexualité, on parle en fait plus généralement du spectre – ou du parapluie en anglais, le « bisexual umbrella » – de la bisexualité. Il recouvre tout un tas d’orientations sexuelles et/ou romantiques, qui ont un point commun : ne pas être attiré·e par un seul genre.

Il y a plusieurs définitions de la bisexualité. La plus répandue est la suivante : être attiré·e par les personnes de son genre et les personnes du genre opposé.

Sauf que c’est complètement discriminant à l’égard de toutes les personnes qui ne s’identifient ni comme (tout à fait) homme ni comme (tout à fait) femme : les personnes non-binaires, agenres, fluides dans le genre, etc.

Voilà pourquoi j’ai – pour ma part – adopté une autre définition, qui est souvent considérée comme étant celle de la pansexualité (tu suis?) : il s’agit de l’attirance, sexuelle et/ou romantique, envers les personnes de ton genre, et celles d’un genre différent du tien (incluant les personnes n’ayant pas de genre).

Pour certain·e·s, le genre (ou l’absence de genre) reste un critère important. Pour d’autres, être bisexuel·le signifie être attiré·e par des personnes pour ce qu’elles sont, indépendamment de leur genre, la personnalité étant alors le critère déterminant.

Si cette définition est souvent attribuée à la pansexualité, au final, que l’on soit pan ou bi·e, on en revient toujours à la même chose : c’est une orientation qui sort du cadre monosexuel (et en général hétérosexuel) accepté par la société.

Il y a souvent des débats au sujet de la définition de la bisexualité et de la pansexualité. Impossible de se mettre d’accord. De fait, chacun· s’identifie à l’orientation qu’iel souhaite, et lui attribue la définition qu’iel souhaite.

Pourquoi est-on bi·e ?

C’est la question piège. Si tu réponds autre chose que « on naît comme ça », tu as perdu. La bisexualité étant une orientation comme une autre, elle n’apparaît pas, pouf, comme ça, un beau jour. Non. On naît hétéro. On naît homo. Eh bien on naît également bi·e. Incroyable n’est-ce pas ?

Évidemment, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une monosexualité, la prise de conscience peut être un peu plus subtile et délicate, d’où le fait que beaucoup doutent qu’il s’agisse de quelque chose d’inné.

Prenons un exemple. Rachel, jeune femme épanouie, va se marier avec Heck, jeune homme séduisant qu’elle connaît depuis des années. Mais, le jour de son mariage, elle croise le regard de la jeune Luce, qui la bouleverse et met en doute tout ce qu’elle croyait savoir sur elle et sur sa vie (toute ressemblance avec le film Imagine me and you est une pure coïncidence). Notre chère Rachel attend donc ses 25 (ou 30?) ans pour découvrir que les femmes, c’est cool aussi.

En cela, la bisexualité a quelque chose de vicieux : on peut passer une bonne partie de sa vie à se dire qu’on est hétéro ou homo, et découvrir un beau jour qu’on est finalement attiré·e également par les personnes d’autres genres, auxquelles on n’aurait pas pensé au départ. La faute à qui ? À notre chère société, qui prône la monosexualité, et surtout l’hétérosexualité. En effet, lorsqu’on ne connaît autour de soi que des personnes hétéros, voire quelques personnes homos, comment savoir que les bi·e·s existent ? Pour de vrai, je veux dire, pas juste le temps d’une nuit alcoolisée, pour les beaux yeux de ton copain. Comment parvenir à se définir si l’on n’a pas de modèles autour de soi ?

C’est le moment où l’on pense à Kristen Stewart, dont j’aurais bien aimé qu’elle fasse son coming out bi lorsque j’étais ado. Ça en aurait aidé un certain nombre. Just saying.

On ne devient pas bi·e, donc. On découvre un jour qu’on l’est, tout simplement. Ou bien on l’a toujours su, mais on a du attendre un peu avant de pouvoir poser un mot – quel qu’il soit – dessus.

Rappelons une chose essentielle : une femme bie qui sort avec un homme ne « devient » pas hétéro. Une femme bie qui sort avec une femme ne « devient » pas lesbienne. Et cela vaut même si on reste 10 ans en couple. Ou 30 ans.

Si tu sors avec un·e blond·e pendant 3 ans, est-ce que pour autant tu arrêtes d’être susceptible d’aimer les brun·e·s ? Non ? Eh bien c’est pareil. Tout simplement.

On ne « perd » pas sa bisexualité quand on se met en couple. Je ne sais pas qui a inventé ça, mais si tu lea croises, tu me l’envoies, j’ai deux mots à lui dire (et deux baffes à lui mettre, accessoirement).

Aimer tout le monde : être bi·e = être hippie

Tu ne comprends toujours pas complètement le concept ? Essaie de sortir du schéma de pensée auquel on est tant habitué·e : sors de l’hétérosexualité comme modèle « normal », et de la procréation comme but et rêve absolus.

Prends juste un individu. Il désire d’autres individus. Romantiquement et/ou sexuellement. Le·s genre·s – ou l’absence de genre – de la personne en face n’est pas un critère déterminant pour lui. Il voit une personne. Avec une personnalité, un physique qui l’attirent plus ou moins, un humour plus ou moins développé, un caractère plus ou moins extroverti, une culture plus ou moins étendue.

Tu as une image dans ta tête ? Efface-là. Elle ne peut pas correspondre à ce que je viens de décrire. Voilà le propre de la bisexualité : notre désir est protéiforme, fluide, passager ou constant. Il n’est pas fixé sur les personnes d’un seul et même genre. La fluidité est un terme crucial : il nous faut sortir de cette vision étriquée de l’amour et du sexe.

Les personnes autour de nous ont tellement plus à nous apporter que leur·s genre·s ou leur absence de genre.
On entend souvent le même cliché biphobe : « Les bi·e·s, ça saute sur tout ce qui bouge ». Alors en fait, non. Déjà, toi, si tu me dis ça, tu peux être sûr·e que je ne te sauterai pas dessus. Ça m’aura coupé l’envie, direct. Est-ce que, si tu es une femme hétéro, tu sautes sur tous les mecs supposément hétéros ? Est-ce que, si tu es un homme hétéro, tu sautes sur toutes les femmes supposément hétéros ? Ce n’est pas parce que le genre n’est pas une barrière que nous n’avons pas certains « critères de sélection », comme tout le monde : on va préférer les femmes aux petits seins, ou bien les personnes au look androgyne, les mecs bien bâtis ou les femmes plus âgées, les sportif·ve·s ou les abonné·e·s à Netflix. Le champ des possibilités est infini. Et c’est ça qui est beau.

Précisons une chose : la biphobie est également présente au sein de la communauté LGBT+, et de manière aussi prégnante que vicieuse. Certain·e·s ont tendance à considérer que nous sommes effectivement « redevenues hétéros » du moment que nous nous mettons en couple avec un homme. Cela est également valable pour les autres bi·e·s, mais plus particulièrement pour les femmes. Ce sera le sujet d’un prochain article.

Non, nous ne sautons pas sur tout le monde. Oui, nous sommes attiré·e·s par des personnes qui peuvent être très différentes les unes des autres. Oui, nous sommes des personnes normales (à part cette pote pan qui saute sur tout le monde en soirée) (si tu n’as compris que c’était de l’humour, reprends ta lecture depuis le début).

Finalement, être bi·e permet de voir le monde autrement : cela facilite la sortie – théorique – de notre modèle social hétérocentré. Cela sensibilise – presque – nécessairement à la pluralité et à la fluidité des genres, des orientations, des désirs et des attirances (oui, je place beaucoup d’espoir en l’humanité, et en ma communauté). Cela nous permet d’abolir dans notre esprit les barrières que la société dresse de manière arbitraire à tour de bras. Et ça, ça n’a pas de prix.

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