Santé, Sexe
La PreP

Une solution à des prises de risques de plus en plus fréquentes ?

Derrière ce mot hyper sympa de « PreP » (j’adore le dire à l’anglaise, ça sonne comme prepschool, ça fait classe, j’aime) se cache un traitement qui peut paraître miraculeux mais qui ne l’est pas et au contraire engendre de nouveaux dangers corrélés à des pratiques sexuelles qui évoluent aujourd’hui dans le sens de l’amour du risque. Je parlerai ici de ce qui me concerne directement, à savoir les relations sexuelles « pénis/anus/bouche », mais ayant pas mal lu sur le sujet, je crois pouvoir dire que le phénomène peut s’étendre à une plus large population.

L’amour du risque : BBK et Chem-sex

Ah l’amour du risque ! Même si ça pourrait faire un joli titre pour un livre de gare, il est clair que sexuellement, ça n’a rien de fictif. Pas besoin d’être un·e expert·e pour s’en rendre compte : les sites pornographiques proposent des vidéos selon la demande. Puisque la pratique de la zoophilie est peu répandue, on retrouve peu de vidéos pornographiques sur le sujet. Et inversement, si les filières du X produisent de plus en plus de vidéos BBK (Bareback : comprendre « sans capote »), faut-il donc comprendre que c’est une pratique devenue courante ?

« Le premier moment clé chez les gays et HSH (hommes ayant des rapport avec d'autres hommes) se situe en 1986-1987 avec un basculement en faveur de l’utilisation du préservatif (42 % n’utilisaient pas le préservatif en 1986 contre 21 % en 1987). L’augmentation de l’utilisation du préservatif se poursuit pour s’élever à 75 % à la fin des années 1980 selon l’Enquête Presse Gay 1993. Il reste toutefois un taux élevé (19 %) de pénétrations sans préservatif avec un partenaire de sérologie inconnue. Le deuxième moment clé est celui des années 2000 avec une non-utilisation du préservatif qui s’accroît avec le partenaire stable ou occasionnel (Enquêtes Presse Gay 1987 et 2004) ».

Jean-Yves LE TALEC, sociologue.

Cf. http://www.educsantepicardie.org/_admin/Repertoire/documents/632_101119103913.pdf


Il semblerait que la tendance soit à l’abandon progressif du préservatif alors qu’on atteignait au début des années 1990 un seuil de 15 % pour les relations non protégées. Pourquoi ce renoncement volontaire à la prévention ? Personnellement, il est vrai que me passer de latex m’est toujours plus agréable. Cette raison – qui est souvent évoquée – n’est pas la seule. En effet, derrière cet abandon progressif du préservatif se cachent différents thèmes : la perception du risque est différente selon les personnes et leur identité culturelle – c’est-à-dire tout ce qui fait que vous êtes vous : votre identité culturelle correspond à la façon vous avez poussé (colere en latin qui donne culture, veut dire « faire pousser »).

Pour beaucoup, ne pas utiliser de préservatif est avant tout une marque de confiance en l’autre partenaire, régulier·e ou non. Le vrai problème, selon moi, c’est que l’acte sexuel n’est pas rationnel. Il fait appel à l’affectif et à l’excitation avant tout. Par ailleurs, il n’est pas toujours simple de s’imposer et de dire à saon partenaire de mettre un préservatif de peur de perdre son estime, d’éveiller des soupçons d’infidélité (dans le cadre d’une relation monogame) ou de mettre en exergue un manque de confiance. La barrière psychologique constitue ainsi une barrière importante à la protection. De même, la volonté de se surpasser, d’aller plus loin, plus fort dans l’exploit sexuel est un encouragement à l’abandon du préservatif ; encouragement véhiculé par les sites porno.

PreP - prophylaxie pré-exposition HIV

L’amour du risque ne passe pas uniquement par la relation sexuelle non protégée, on pourrait partir sur les débats des extrêmes qui constituent aussi des risques (comme le fisting) mais je souhaite me pencher sur une pratique, que je crois de plus en plus fréquente : le chemsex. Le terme vient de l’anglais chemical (chimique) et sex : autrement dit, il s’agit de rapports sexuels sous l’emprise de drogue(s). Selon les goûts ou addictions de chacun·e, cocaïne, GHB, crystal meth et autres molécules de synthèse non homologuées se disputent la batailles au sein de ces relations « chem », que les applications et sites de rencontre tendent à démocratiser. Que ce soit sous forme de prise, sniff ou slam (intraveineuse), la recherche est la même : un plaisir nouveau.

Après tout, pourquoi pas me direz-vous ! Il est vrai qu’exposé ainsi, on se demande bien où est le mal : la drogue permet la création d’un sentiment de bien-être et le sexe produit des endorphines (l’hormone du bonheur) ; c’est double bénéfice ! Seulement voilà, la drogue déresponsabilise et désinhibe. Autrement dit, si le sexe n’est que rarement affaire de raison, il ne l’est ici pas du tout.

Les médecins tirent d’ailleurs la sonnette d’alarme : dans un éditorial publié le mardi 3 novembre, le British Medical Journal, une revue scientifique britannique, met en garde contre la consommation de drogues chimiques pendant l’acte sexuel. En effet, l’abandon du préservatif est alors presque systématique. Prenons un exemple concret : Yoan*, homosexuel à la recherche d’un peu de sport, s’était enfin trouvé un plan à 2h du matin, près de chez lui. Arrivé là bas, on lui propose de la cocaïne. De tempérament plutôt passif et peu entreprenant, il accepte. Et effectivement, il passe la nuit à avoir des relations sexuelles non protégées, suivie d’une séance de fist et d’un plan à plusieurs. Pourtant, comme à chaque fois, il avait, dans la poche de son pantalon, prévu 3 à 5 préservatifs. Histoire d’assurer ses arrières. Le lien entre la drogue et l’abandon de soi, l’abandon de raison est évident : le problème c’est que ces abandons sont corrélés à une prise de risque sexuel.

Le risque, depuis tout à l’heure, consiste à une transmission du VIH ou d’une quelconque IST (infections sexuellement transmissibles, tels que le gonocoque ou la syphilis pour ne citer qu’eux). Mais cette recherche du risque est en lien avec un construit social et cognitif. Je m’explique : la culture et la société changent la donne. En effet, la perception du risque est différente selon les personne, mais l’idéal de pornographie l’est tout autant. Autrement dit, on peut espérer qu’il ne s’agisse que d’une phase, d’une mode et qu’une fois la mode passée, les avertissements auront été suffisants pour que les dégâts ne soit pas trop dommageables.

La PreP, un traitement préventif du VIH

Face à ces risques, certain·e·s trouvent en la Prophylaxie pré-exposition (PreP), LA solution à leur problème : garder la sensation de peau contre peau, garder cette excitation pour le danger sans se risquer réellement à des conséquences. Mais, est-ce que la PreP est vraiment efficace contre toutes ces conséquences ?

La PreP est un traitement ayant pour but d’empêcher le développement du VIH en cas d’exposition. Il s’agit d’une nouvelle stratégie de prévention au VIH, mise en place en France depuis 2015. La PreP, autrement dit, n’est qu’une stratégie. Derrière se cache donc un médicament : le Truvada, composé de deux molécules antirétrovirales (le ténofovir disoproxil fumarate, TDF et l’emtricitabine, TFC). Cette petite pilule bleue est disponible pour toute personne de plus de 18 ans séronégative ayant des rapports de vulnérabilité face au VIH : relations sexuelles sans préservatif avec plusieurs partenaires différent·e·s, travailleur·euse·s du sexe, usager·e·s de drogue(s) par voie intraveineuse, etc.

Ce traitement empêche le VIH d’infecter les cellules en bloquant sa réplication à un stade très précoce. Selon plusieurs études et essais (Ex. ANRS-Ipergay), une prise correcte et continue du médicament est très efficace. Par ailleurs, ces études montrent que le risque de contracter le VIH est réduit de 86 % lorsque tout le monde est pris en considération (personnes ne prenant pas correctement leurs comprimés comprises).

Néanmoins, si la PreP est efficace contre le VIH, elle ne protège pas des IST. C’est là que se trouve le problème principal : de nombreuses personnes pensent qu’il s’agit d’une réduction de risque totale. Or, si ma petite personne – qui prend son petit Truvada bleu, tous les jours à 20h30 – décide d’aller se faire féconder par une dizaine de mecs dans la nuit, alors certes elle ne court pas le risque de contracter le VIH, mais n’est en aucun cas certaine de ne pas ressortir avec des condylomes anaux et des gonocoques logés sur le pénis.

Le malentendu peut être grave : prendre la PreP ne veut pas dire arrêter totalement le préservatif. Bien entendu, c’est tout le paradoxe puisque c’est une stratégie mise en place pour les personnes ayant des relations sexuelles sans préservatif avec plusieurs partenaires différent·e·s. Mais le discours est le suivant : avec la PreP, certes tu seras plus tranquille ou du moins moins angoissé·e ; mais avec le préservatif tu continueras de t’éclater pour ne pas tout ramasser ! Autrement dit, la PreP n’est pas incompatible avec le préservatif et peut facilement être utilisée en complément stratégique ou en alternance avec le préservatif.

La prise, vous l’avez deviné, peut-être assez simple : je prend mon Truvada, à 20h30 tous les jours (heure d’été), soit une prise toutes les 24 heures. Pourtant, ce n’est pas toujours aussi simple et on s’y perd un peu avec la PreP à la demande ; qui paraît pour le coup, beaucoup moins sûre – du moins plus complexe :


(tiré du petit guide pour les (futurs·e·s) utilisaeur·ice·s de PreP par AIDES en partenariat avec ENIPSE).

Par ailleurs, la PreP est entièrement remboursée par l’Assurance Maladie en France depuis 2016, suite à la demande et les efforts de plusieurs associations. Un bon point pour la France, puisque le médicament (délivré pour 1 mois donc 30 comprimés) coûte en réalité environ 500 €. On comprend aisément les luttes associatives entre 2015 et 2016 pour le remboursement total.

Alors certes la PreP est une nouvelle stratégie qui mérite d’être connue – ayant en plus des résultats probants. N’hésitez pas à contacter les CEGIDD (centres de dépistages anonymes et gratuits) pour plus de renseignements sur la PreP, ou dans les services hospitaliers en charge du VIH. Mais attention à ne pas la concevoir comme une solution miracle. L’amour du risque, la prise de risque ne sont pas anodins et il est rare de pouvoir retenir la sensation, le plaisir sans le risque dans ces cas là. La PreP en tout cas ne peut pas jouer ce rôle. Alors amusons-nous, mais faisons attention les un·e·s aux autres !

♫ Le plastique c’est fantastique
Le caoutchouc, super doux
Nous l’affirmons sans complexe

Elmer Food Beat, le plastique c’est fantastique

*Le prénom a été changé