Culture, Racisme
Get out : thriller très engageant mais peu engagé
Get Out, premier long-métrage de Jordan Peele, apporte une dose de politique dans les thrillers états-uniens. Il suscite la curiosité et de grandes attentes, notamment au niveau du traitement du racisme. Si la forme est bel et bien réussie, le fond donne matière à discussion.

Get Out, c’est avant tout une belle promesse : une vielle maison paumée en banlieue, une rencontre un peu stressante avec des beaux-parents, une ambiance lourde, de la musique forte. Get Out a toutes les caractéristiques d’un bon thriller, mais aussi quelque chose en plus : un personnage principal noir. Cette participation n’est pas liée à une certaine discrimination positive, cet homme n’est pas là pour être le premier à mourir. Ce personnage noir, Chris, sert le propos du film. Chris va vivre une expérience horrible chez ses beaux-parents et on le sait. Seulement, ce n’est pas tombé sur lui pas hasard, ce n’est pas simplement parce qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. C’est à cause de sa couleur de peau. On a donc la promesse d’un thriller haletant, mais aussi possiblement politique. Le propos militant se noie malheureusement dans l’histoire d’horreur.

Racisme ordinaire

Ensemble depuis quatre mois, le couple mixe que forme Chris et Rose va passer un week-end chez les parents de cette dernière. Chris ne les a encore jamais rencontrés. Les deux premiers tiers du film sont particulièrement intéressants : d’abord, on rit (jaune). Lorsque Chris confie à Rose qu’il est stressé par cette rencontre car ses parents ne savent pas qu’il est noir, elle lui rétorque qu’ils ne sont, évidemment, pas racistes. Et précise que son père est fier d’avouer qu’il aurait volontiers voté Obama une troisième fois. Cette réplique-là, c’est un peu le « je ne peux pas être raciste j’ai un·e ami·e noir·e » des Etats-Unien·ne·s. Et cela, on le comprend dans les yeux de Chris. Cette scène, l’une des premières du film, met en lumière le racisme ordinaire et les discordances dans les couples mixtes. Ce qui semble n’être qu’une mauvaise blague pour Rose est en réalité un triste quotidien pour son copain. Et ce quotidien de noir continue, lorsque, après un petit accident de la route, un policier demande ses papiers à Chris alors que c’était Rose qui conduisait. Rose, pleine d’énergie et de bonnes intentions, répond au flic, lui expliquant le ridicule de la situation. Chris, qui a sûrement déjà vécu ce genre d’évènement, reste en retrait, attend que ça passe, ne veut pas faire d’histoires. Le racisme ordinaire fatigue, on n’a pas toujours la force d’y faire face. Le réalisateur le sait, car il le vit.

Une fois chez les beaux-parents, les rires s’estompent peu à peu. Les airs sympathiques n’empêchent pas une ambiance lourde et bientôt angoissante de s’installer. Des parents sur-protecteurs, des domestiques noir·e·s au comportement très curieux, une réunion de vieilles personnes blanches et riches. Chris ne se sent pas à son aise, et on le comprend. On part donc de la dénonciation d’un racisme ordinaire, pour arriver à une peur irrépressible. On pourrait relier cela au vécu de nombreuses personnes racisées: d’un point de vue de blanc·he, aucune remarque déplacée ne semble profondément méchante, raciste. Alors que lorsqu’on y regarde de plus près, avec un regard de concerné·e, les comportements « limites » deviennent carrément flippants. Parallèlement, l’image est très belle, la nature y occupe une place importante : la forêt, les animaux, des bosquets et de l’herbe fraîchement coupée. Une musique effrayante, un environnement serein dans lequel Chris est en fait pris au piège. Cette banlieue verte qui est un idylle pour certain·e·s (les parents de Rose) peut devenir un enfer pour d’autres (les noir·e·s). On le comprend peu à peu grâce aux codes du genre : la musique qui fait sursauter, les personnages mystérieux, les bizarreries à la chaîne.

Horreur extraordinaire

Dans le dernier tiers du film, on est paradoxalement moins surpris·e. Le rythme est plus soutenu, le piège se referme. Le film reste néanmoins très agréable : la musique donne la chair de poule, les points se ferment, le cerveau est en ébullition. C’est désormais une lutte pour la survie qui commence. Ce ne sont plus des remarques désobligeantes, plus des mauvaises blagues ou une ambiance pesante, mais le comble de l’horreur que vit désormais Chris. Jordan Peele ne nous déçoit pas dans la forme, car tout y est, mais plutôt sur le fond, le dénouement. On se rend finalement compte que ces atrocités auraient également pu être subies par des personnes blanches, alors même que tout le scénario est basé sur cette mécanique. Le racisme est mis en avant, c’est évident. Mais le petit souci, c’est qu’on est soit allé trop loin dans le scénario en inventant une histoire incroyable, soit on s’est arrêté un peu trop tôt dans l’horreur du racisme. Il est donc difficile de véritablement servir le propos et de trouver un angle profondément politique, qui dénoncerait le racisme d’un point de vue militant. On salue cependant l’effort de l’équipe pour mettre en avant différents aspects du racisme ordinaire et de la problématique des couples mixtes, sujets encore trop rares au cinéma et encore plus dans les thrillers états-uniens.

Enregistrer