Culture, Racisme, Societé
Divines

, un

conte urbain
Avec son premier long-métrage, Houda Benyamina nous offre un film de banlieue captivant, à la fois dramatique et enchanté.
 

Money, money, money

Une princesse, des ami·e·s fidèles, des rêves brisés et une bonne dose d’espoir : le premier long-métrage de Houda Benyamina se présente comme un conte. Petite nuance néanmoins : on n’est pas dans la plus haute tour d’un château, ni même dans une petite maison perdue au milieu d’une forêt magique, mais dans ce qui ressemble à une banlieue parisienne. La banlieue, avec ses grandes tours, ses camps, ses immenses centres commerciaux, son lycée que certains médias aiment qualifier de « difficile ». Souvent, lorsqu’on entend parler de « film de banlieue », on a un peu peur. Peur des clichés, de tomber dans un misérabilisme et un classisme éhontés, dans un désespoir qui pue l’essence. Je ne peux pas dire que Divines ne tombe pas totalement dans ces écueils : c’est un film dur, on y parle de drogue, de décrochage scolaire et d’argent, mais pas que. On y traite aussi de l’amitié, la beauté, la découverte et la jeunesse.

Dounia, le personnage principal, est au lycée, et en a marre. Elle en a marre d’être pauvre et rêverait d’offrir à sa mère des millions d’euros. Elle a en marre des cours, et des profs qui lui font croire qu’elle sera plus heureuse une fois qu’elle aurait trouvé un boulot payé au SMIC. Dounia ne fait pas partie d’un gang, elle n’est pas non plus l’intello de la classe. Elle est un peu perdue dans les remous de l’adolescence, entre Maimouna, sa meilleure amie avec qui elle vole parfois quelques biscuits au supermarché, les dealeur·se·s en bas des immeubles qui font les belleaux dans leurs nouvelles voitures, la peur de la galère et l’envie d’y arriver. Sa prison, sa tour d’ivoire, c’est tout ça : les cours de vente, les cours d’immeubles, les courses chez Carrefour.

UNE Brochette de winneuses

Divines, comme son nom l’indique peut-être, c’est l’histoire de personnes courageuses. Elles ont parfois peur, elles ne sont pas toujours morales, mais elle ont « du clito », comme le dit Rebecca au début du film. Dounia, bien sûr, qui a le courage d’envoyer bouler ses cours et les projets que l’Éducation nationale a pour elle, au profit de l’argent. Mais il a aussi Maimouna, toujours présente pour soutenir son amie, quoiqu’en pensent ses parents, et la religion. Et puis il y a Rebecca, la puissante Rebecca, la dealeuse du quartier. Rebecca est grande, belle, noire, et elle a de l’argent. Cette image de femme forte et intouchable fait rêver Dounia, Maimouna, et aussi un peu le public. Attirées par son aura, les deux jeunes femmes se laisseront délibérément entraîner dans le tourbillon Rebecca.

Mais là n’est pas vraiment le propos. Le personnage de Rebecca n’est pas la méchante qui retient Dounia prisonnière de sa vie de banlieusarde. Tout est plus compliqué et plus subtil. Des méchants, il y en a partout, et surtout à l’extérieur : des flics, des gros dealeurs parisiens, et encore des flics. Même si la caméra s’attarde plus sur les visages que sur les tours d’immeuble, on sent l’emprisonnement, le danger qui guette. On aimerait sortir de cette tour d’ivoire, et en même temps on a un peu peur. Et puis, ça paraît tellement compliqué.

Comme une échappatoire

Bien évidemment, il n’y a pas de conte sans prince·esse charmant·e. Ici, il s’agit de Djigui, jeune danseur qui aimerait vivre de sa passion. Dounia et Maimouna l’ont espionné de nombreuses fois lors de ses répétitions. Et pour Dounia, ce corps musclé qui s’agite en rythme est comme une bouffée d’air frais. C’est un rêve d’ailleurs, sûrement parce qu’il est beau, et peut-être aussi parce qu’il représente tout ce qui, par ailleurs, ne la toucherait pas spontanément : les arts, le spectacle, la danse contemporaine, cette ferveur des corps à moitié nus. Il est d’ailleurs à noter que seul ce personnage est véritablement sexualisé – et c’est toujours agréable. Djigui est la dose de volupté, de sensualité qui manquait dans cette tour d’ivoire. Et Dounia n’a qu’une envie : s’enfuir avec lui.

Puisqu’il paraît que ce n’est pas très gentil de spoiler, je ne vous dirai pas si Dounia et son danseur vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Et finalement, ce n’est pas forcément ce qui est le plus important dans cette histoire. Ce qui compte, ici, c’est le mouvement perpétuel : de la caméra, de Djigui, des envie de Dounia, Rebecca et Maimouna. Ce qui compte, c’est la tension à l’état brut, l’impatience, l’agressivité, les pièges tendus. Divines, ce n’est pas simplement l’histoire de « jeunes de cité ». C’est celle de Dounia et Maimouna, de leurs rêves d’évasions et de leur amitié à toute épreuve. Si ce n’est une histoire de déesses, au moins une histoire de princesses.

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